Mairie de HESSE. 3 La Cour, 57400 HESSE - 03.87.23.82.33



petites  histoires  et  grande  histoire

 

2- Le  pays  de   Sarrebourg   après  la   conquête   romaine

 

           Pour se faire une idée de la campagne sarrebourgeoise au début de l'époque gallo-romaine, il suffit de lire la description qu'en ont faite Jeanne-Marie Demarolle et Marcel Lutz, auteurs du livre I de l'ouvrage collectif « Histoire de Sarrebourg » :
« Voici donc Pons Saravi installé au milieu d'une région riche, aux ressources variées. Les terres limoneuses de la vallée donnent de bons pâturages, celles des plateaux qui la dominent sont favorables à la culture des céréales. Il est probable que sur les collines bien exposées au sud on cultivait même un peu de vigne. D'où une agriculture et un élevage que nous sommes en droit de considérer comme florissants, élevage qui visait surtout le mouton pour sa laine, et le porc dont, rappelons-le, la Gaule était grand exportateur.
La campagne se couvre d'un réseau cadastré de petits domaines, chacun d'une superficie d'environ 200 jugera, soit 50 hectares, ce qui correspond à des carrés de 700 à 710 mètres de côté, distance que nous retrouvons fréquemment sur nos cartes ; pour une telle exploitation, on peut supposer deux paires de bœufs et environ cinq ouvriers, comme nous le dit Columelle, agronome de l'époque. Chacun de ces petits domaines comporte une villa dont les dimensions sont en moyenne de 50 x 30 m, si nous prenons comme exemple celle de Berthelming, fouillée entre 1946 et 1951.
Le réseau de ces petits domaines est très dense dans l'arrondissement de Sarrebourg, et c'est ainsi que nous connaissons à l'heure actuelle plus de cent cinquante de ces villas, auxquelles viennent s'ajouter celles d'un grand domaine sur lequel nous dénombrons plus de trente bâtiments. C'est celui, bien connu, de Saint-Ulrich. »
          
           Le domaine gallo-romain de Saint-Ulrich, qui s'étale sur environ deux cent cinquante hectares, est situé à 8 kilomètres de Hesse. Une grande villa de cent trente pièces au moins, l'une des plus vastes du nord de l'Europe, s'élevait au cœur de la propriété, offrant à ses habitants un cadre de vie luxueux et confortable. Les fouilles ont mis à jour les vestiges de plusieurs cours, galeries, caves ainsi que des thermes. Elle fut probablement construite vers 25 après J-C, avant d'être agrandie et transformée vers 80. La destruction finale de cette villa de luxe semble remonter aux années 350-360. « Nous n'en connaissons pas exactement l'origine, ni la véritable destination, annoncent Jeanne-Marie Demarolle et Marcel Lutz. S'agit-il d'une propriété privée, ou bien, comme nous sommes portés à le penser, de vastes bâtiments qui abritèrent une importante administration, par exemple celle qui aurait dirigé tous les petits domaines (de la proche région de Sarrebourg ?) »

 





photo maquette villa St Ulrich

 

           Les autres villae de cette région étaient des établissements agricoles. « Bien construites, en belle maçonnerie, dès la fin du 1er ou le début du 2e siècle, couvertes de bonnes tuiles reposant sur une solide charpente, ces villas offrent pour l'époque un confort certain. En effet, même les plus modestes d'entre elles disposent d'une ou de deux pièces chauffées par hypocauste, c'est à dire d'un système à air chaud qui circule sous le plancher et dans les murs ; la plupart, sinon toutes, ont une triple salle de bains (eau froide, eau chaude et air chaud pour la transpiration) ; elles disposent donc d'eau courante. (…)
Portes, volets et fenêtres sont solides : les ferrures que nous avons recueillies en témoignent. les cadenas ne sont pas inconnus. Les murs intérieurs des maisons sont peints. Les fouilles nous fournissent un riche matériel qui nous découvre la vie de tous les jours : objets de serrurerie en bronze, appliques diverses de meubles, clés, vaisselle de toutes sortes, de cuisine, de table, de conservations, gobelets et cruches, verrerie souvent très luxueuse ; la vaisselle est en terre cuite mais parfois aussi en bronze. Les bijoux ne sont pas absents, de même que les monnaies, les épingles, les aiguilles, les pions, de jeu et les dés en os.
Nous avons c
onnaissance du système d'alimentation à la suite de la découverte de très nombreux os et coquillages. En dehors des céréales, des fruits et des légumineuses, on consommait en effet beaucoup de viande, du mouton, semble-t-il, d'après la quantité d'os recueillis, mais aussi du porc, du bœuf et du veau. On consommait également du poisson. (…) Les escargots étaient très prisés. Ajoutons que les laitages entraient largement en ligne de compte, de même que l'alimentation trouvait certainement un appoint sérieux dans les produits de la chasse et de la pêche.
Nous sommes également bien renseignés sur chevaux et voitures par de nombreux objets concernant le harnachement et le charronnage. (...) Les tombes nous ont également laissé des armes de chasse, tels qu'épieux, haches ou couteaux.
Un outillage varié nous montre un artisanat très actif : menuisier, charron, tonnelier, serrurier, maçon, tailleur sur pierre et bien d'autres. La découverte assez fréquente de forces (sorte de grands ciseaux) évoque la tonte des moutons et le tissage de la laine. » [dans « Histoire de Sarrebourg » / J-M. Demarolle et M. Lutz]

           Cette description nous brosse un tableau de ce qu'étaient ces villae rurales, dont deux d'entre elles au moins s'élevaient sur l'actuel ban hessois. « Au moins » … car il est plus que probable que d'autres villae se soient élevées sur les terres aujourd'hui hessoises, en plus des deux répertoriées par Marcel Lutz dans son ouvrage « La Moselle gallo-romaine ». La centuriation mise en place par les Romains autour du vicus Pons Saravi englobait l'actuel terroir hessois. En vue de dresser leur cadastre, outil permettant l'administration fiscale et l'aménagement du territoire, les Romains procédaient à la « limitatio » des terres : après arpentage et à partir de deux axes rectilignes tracés à angle droit, le territoire était divisé en centuries, quadrilatères mesurant 20 actus de côté, environ 710 mètres. Ces carrés d'une superficie de quelque 200 jugera, un peu plus de 50 hectares, qui pouvaient d'ailleurs être des rectangles de même surface, formaient une trame orthonormée d'orientation constante, matérialisée au sol par des chemins, des haies ou des fossés. Ce maillage systématique de la campagne permettait son aménagement rationnel, avec établissement d'une maison d'habitation et de bâtiments agricoles au cœur de chaque centurie … organisation de l'espace qui laisse la place à la présence de plusieurs villae gallo-romaines sur le ban de Hesse ! Que ces domaines aient existé avant la conquête romaine, ou qu'ils aient été créés par l'administration romaine pour mettre en valeur un territoire fertile et pour subvenir aux besoins alimentaires d'une population croissante, cela n'a guère d'importance vingt siècles plus tard. Le fait est que les terres aujourd'hui hessoises étaient cultivées au début de l'ère chrétienne, mises à part celles que les forêts recouvraient, et qui étaient fort probablement plus étendues que de nos jours.
           Afin d'appréhender ce qu'était une villa, voici à quoi ressemblait un domaine agricole en Gaule romaine. Il s'agit d'une vue aérienne des vestiges de la villa de Richebourg (Yvelines), ainsi que de sa reconstitution sous forme de maquette.









Vestiges   gallo-romains  sur   le  ban  de   Hesse  et  dans  les  alentours
Extraits de « La Moselle gallo-romaine » / Marcel LUTZ


Hesse
- Découverte en 1817, à la suite du défrichement d'un terrain près du village, d'un fragment de statue équestre « de deux pieds et demi de haut », vraisemblablement partie d'un groupe de cavalier au géant ; aujourd'hui disparu. Lepage écrit : « La tête du cheval était en place mais séparée du corps. Le cavalier était couvert d'une cuirasse et avait sur la tête une espèce de cornette ou bonnet en maille, mais son visage était à nu. Les bras et les jambes n'ont pas été retrouvés. »
- Villa au lieu-dit « Masure de Thiénon », section A, parcelles 347-348. Au Nord-Ouest de Hesse, à environ 1 km du clocher, au pied des carrières, en suivant le chemin de terre vers la fontaine des Anges.
- Monticule de décombres haut d'environ 4 m sur 30 m de longueur : moëllons ;
- Dans les champs voisins, nombreux fragments de tegulae, tuyaux en terre cuite et tessons de céramique qui s'étalent sur environ 120 m.
- Il s'agit p
eut-être d'une villa assez grande. Selon Keune, une clé provenant de cette villa se trouve au M.M..
- Villa au lieu-dit « Marjeac », section B, parcelles 246-247. A environ 1600 mètres au Nord – Nord Est du clocher, à environ 1 km à l'Ouest de la ferme Neuhof. (La ferme Neuhof est sur le territoire de Buhl.)
Il y a en réalité 2 emplacements. Le second se trouve à environ 50 mètres au Sud-Est du premier. Au 1er emplacement, d'une longueur d'environ 180 mètres sur 90 de large, Reusch a trouvé en 1908 une colonne torsadée en grès gris (longueur : 0,79 ; diamètre : 0,38), qui fut aussitôt détruite. La seconde construction mesurait environ 50 x 20 mètres.
Dans la prairie,
une source qui était peut-être divinisée.

Imling
- Villa gallo-romaine
à 1.500 mètres du clocher d'Imling, entre la côte de Hesse et la « Corvée d'Imling » à environ 200 m à l'Est du dernier coude de la D42, avant le passage à niveau de la Forge, à cheval sur un chemin de terre
- et d'autres villas …

Sarrebourg

Plusieurs villae en-dehors de la ville, sur le ban communal : dont …
villa au lieu-dit « Bettling », en contrebas de l'usine Unicoolait

Buhl

P
lusieurs villas, parmi lesquelles :
- villa gallo-romaine au lieu-dit « Klein Yetz » à l'ouest de Buhl. Il est probable que la chapelle St Pierre soit construite sur les ruines de la villa. Reusch pense que la villa était assez grande.
- villa ferme Muckenhof, dans le grand verger
attenant à la ferme. Reusch pense que la villa se trouvait sous la ferme actuelle.
- villa juste à côté de la précédente
. Pendant l'été sec de 1978, on voyait nettement les tracés du mur.
- villa en
tre la ferme Muckenhof et la cote 298, au sud de la route D44, dans l'angle de cette dernière avec le chemin conduisant à la ferme

Nitting
-
Une voie romaine traverse la forêt de Nitting. Il est possible qu'il s'agisse d'une voie dont un point précis a été repéré vers 1960 au lieu-dit « La Justice », au Nord-Est du village, à la suite de travaux de terrassement. Cette voie venant de Sarrebourg et passant à l'ouest de Hesse se dirigeait ensuite vers Saint Quirin, le Haut-du-Bon-Dieu, Borne Brignon et le Donon.
En 1827, au Sud-Ouest de ce bois, on recueillit 32 monnaies de Gordien (…). Mise à jour dans la même forêt, de nombreux fragments de bas-reliefs, de débris d'édifices. Beaulieu y voyait un vicus qu'il faut peut-être mettre en rapport avec la route citée. (…)
- Cavalier à l'anguipède ou Epona
? Linckenheld pense à un cavalier au géant.
- Dans la for
êt de Barville, entre les stations de Barville-Bas et de Vasperviller touchant la voie ferrée de Sarrebourg à Abreschviller, terrasses marquant l'emplacement d'exploitations agricoles antiques.





ban de Hesse - villae gallo-romaines



           En plus des sites répertoriés - sur le ban de Hesse, les lieux-dits « Masure de Thiénon » et « Marjeac » - sur lesquels des vestiges de villa gallo-romaine ont été effectivement retrouvés, il n'est pas impossible que d'autres villae se soient élevées sur les lieux-dits « Vespach », « Hazeloch » et « la Chermenac ». Ces toponymes peuvent avoir été construits avec le suffixe celte « ako », même ceux se terminant en « ach », suffixe que certains spécialistes qualifient toujours de germanique : l'évolution linguistique et phonétique des divers toponymes a pu être différente au cours des siècles, le suffixe « ac » pouvant avoir été écrit « ach » par un scribe médiéval germanisant.
           Faisons appel à la philologie pour essayer d'étayer ces suppositions. Cette science qui traite de l'évolution d'une langue d'après les documents écrits peut s'avérer utile à qui veut remonter à l'origine d'un mot. Il est bien entendu que ce qui suit n'a aucune valeur scientifique ! Ce ne sont que suppositions, fondées sur l'observation de manuscrits relevant de l'histoire locale.



Les manuscrits
1633 : « Declaration faite par les bourgeois de hesse de tout les cens et redevances quils doibvent par chacun au Seigneur dudit hesse »
1681 : Inventaire pour succession de Jean Boulanger
1705 : Plaids annaux
1728 : Pied-terrier des terres de la ferme seigneuriale
1825 : Plan cadastral, lequel est toujours en vigueur de nos jours



Le  lieu-dit  « Vespach »
1633 : « Vesspach » / 1681 : « Vespach » / 1705 : « en vespach » / 1728 : « le chemin du Vaspach » ; « lestang de Vachpach » / 1825 : « Vespach »
           Le mot « Vespach », qui se prononce « Vechpack » à Hesse, est susceptible d'être un mot composé avec un radical et le suffixe « ako » ou « acum ». Mais il est aussi possible que ce soit un mot composé germanique, dans lequel la deuxième partie du mot serait « bach », qui signifie ruisseau.
A savoir : l
e ruisseau de Vespach a été capté au Moyen Age pour créer un étang, qui devait être très important pour l'abbaye et ensuite le prieuré, puisque c'était un formidable vivier pour les poissons. Cet étang a disparu lors de la construction du canal de la Marne au Rhin, au milieu du XIXe siècle. Jusqu'au XXe siècle, la source de Vespach alimentait en eau les cinq fontaines qui fournissaient l'eau aux Hessois avant que l'adduction d'eau ne soit installée au village.


Le  lieu-dit  « Hazeloch »
1633 : « Lasserlachach » ; « Lasserloch » ; « Hallerlar » / 1728 : « le holerloch » / 1825 : « Hazeloch »

Le  lieu-dit   « Marjeac »
Un mot gaulois qui pourrait être la racine du toponyme : c'est le mot « marga », qui désigne une marne, roche constituée d'argile et de calcaire, et qui fait aussi référence à « boueux ». Or les terres de « Marjeac » sont des marnes ... peut-être boueuses ! Ce qui n'est pas impossible, Marcel Lutz signalant à Marjeac « une source peut-être divinisée ». Par conséquent, « Marjeac » peut désigner un établissement agricole gaulois. On pourrait aussi être tenté de reconnaître dans ce toponyme le mot latin « margos » signifiant bord ou bordure, ainsi que borne ou frontière. Le toponyme « Marjeac », mot composé du latin « margos » auquel aurait été adjoint le suffixe « acum », désignerait alors un lieu situé sur la frontière ou faisant office de limite. Quand on sait que le lieu-dit « Marjeac » fait frontière entre le ban de Hesse et celui de Buhl, commune limitrophe, on se dit qu'on a trouvé l'explication du toponyme !
Cependant, le terme « Marjeac » ne figure sous cette forme que dans le cadastre établi en 1825. Antérieurement, ce mot apparaît sous les formes suivantes : en 1633 : Morzach ; Morzars ; Mozras / en 1681 : Morzach.

Le  lieu-dit  « Masure de Tiénon »
Les grandes explications sont inutiles pour comprendre l'expression ! Les mots masure, maison, manoir, mas, maix ou meix sont des mots dérivés de « mansus », du verbe latin « manere » signifiant « demeurer, rester, être établi ». Ces divers mots ont désigné, au cours des siècles, une habitation à laquelle était jointe une certaine étendue de territoire. La « masure de Tiénon » : cette expression désigne donc un lieu sur lequel s'élevait une maison entourée de terres agricoles, un manse. La demeure avait-t-elle été élevée sur les ruines d'une villa gallo-romaine ? Qui sait ? Les nombreux moellons, les fragments de tuiles et tuyaux en terre cuite ainsi que les tessons de céramique découverts à cet endroit le laissent supposer, et permettent même à Marcel Lutz de penser que la villa pouvait avoir été assez grande.

« La  Chermenac »
Le toponyme, qui n'est pas un lieu-dit figurant sur le cadastre dressé en 1825, désigne un quartier de Hesse, situé en contrebas de l'église, actuellement dénommé la rue du canal. La Chermenac est une partie du village, et peut-être même la plus ancienne partie de l'agglomération, à moins que ce n'ait été le nom d'une ferme qui existait à cet endroit. L'exploitation agricole, dont la création remonterait aux Gaulois, d'où son nom se terminant par « ac », se serait maintenue à côté d'un petit bourg nommé Hesse, lequel se serait développé au Moyen Age autour de l'abbaye bénédictine, les maisons s'agglutinant aux murailles de l'abbaye lorsque celle-ci fut construite, dès le Xe siècle. Le village s'étendant peu à peu autour de la grande église, tous les bâtiments, bourg et ferme, auraient fini par faire partie d'une seule et même agglomération, laquelle constituait d'ailleurs la seigneurie de Hesse.
Plusieurs indices plaident pour cette thèse qui, il est vrai, ne repose sur aucune certitude ni sur aucune preuve tangible. Le principal est celui-ci : les Hessois parlent de « la » Chermenac : l'article féminin ferait référence à une ferme, ou plutôt à une de ces « hoube », « tocque » ou « hoff » qui sont évoquées dans un manuscrit du XVIIe siècle. Ce texte est un document dressé en 1681, à l'occasion de l'aveu et dénombrement fait par le seigneur de Hesse au roi de France, son suzerain. Cet acte contient une énumération du fief et de ses parties : prieuré et dépendances, terres, fermes, ainsi que les redevances dues par les sujets. Dans cet « Extrait du dénombrement des biens de l'abbaye de haute seille donné à la Chambre Royalle de Metz le treizième avril Mil six cens quatre vingtz un », l'Abbé Claude de Bretagne indique qu' « il y a a hesse sisze houbes ou tocques », mais aussi « onze maisons appelées hoff à hesse ». Ces mots « hoube », « tocque » ou « hoff » sont des établissements ruraux, la différence entre les termes étant probablement liée à leur importance ou au statut féodal des paysans qui en exploitaient les terres. Rien n'interdit de penser que ces fermes aient été, à l'origine, des manses gaulois ou des villae gallo-romaines, d'autant que l'existence de manses à Hesse est attestée par un manuscrit du IXe siècle : en l'an 847, le chorévêque Landfrit fit donation à l'abbaye de Wissembourg de « quatre manses serviles à Beronowilare (Barville), Hessis et Nithingen ; et une forêt communautaire pouvant fournir à engraisser deux cent porcs lorsqu'il y a glandée ».

           Quelle pourrait être la signification du toponyme « Chermenac » ? Si l'on accepte que ce soit un mot composé d'une racine et d'un suffixe celtes, la traduction littérale serait : « lieu d'habitation situé sur le chemin ou près du chemin ».
Explication : le mot « chemin » dérive du gaulois « kamman » ou « kammano » qui désigne une voie tracée dans la campagne, autrement dit un chemin. « Le substantif français « chemin » est issu du latin populaire « camminus », attesté au VIIe siècle. Ce dernier est un mot celtique conservé dans les langues romanes (italien cammino, espagnol camino, portugais caminho), le gaulois ayant subsisté longtemps dans les campagnes et dans les relations locales. Le mot désigne matériellement une voie tracée dans la campagne (…) Un « grand chemin » désignait une voie très fréquentée. » ( Cf / Pascale Hummel )

           Le plan cadastral élaboré en 1825 désigne encore les routes sous le nom de « chemin ». Les divers « chemins » menant aux localités limitrophes y sont tracés, tels les chemins de Hesse à Sarrebourg ou à Imling, ou encore les chemins de Hesse à Hartzviller ou à Voyer. Le pied-terrier de 1728 cite des terres ayant « au couchant le grand chemin de hesse a Sarbourg ». Ce « grand chemin », qui porte aujourd'hui le nom poétique de D44, est à n'en pas douter un chemin historique, voire primitif, qui mena les populations médiomatriques du pays de Sarrebourg vers le Donon, montagne sacrée des Celtes dès les temps protohistoriques. C'était un chemin utilisé par les pèlerins qui, arrivés à Pons Saravi, voulaient se rendre sur le lieu de culte où se rassemblaient les tribus celtes afin d'honorer leur panthéon. L'existence de ce chemin est avérée : « Une voie romaine traverse la forêt de Nitting. Il est possible qu'il s'agisse d'une voie dont un point précis a été repéré vers 1960 au lieu-dit « La Justice », au Nord-Est du village, à la suite de travaux de terrassement. Cette voie venant de Sarrebourg et passant à l'ouest de Hesse se dirigeait ensuite vers Saint Quirin, le Haut-du-Bon-Dieu, Borne Brignon et le Donon. » (Marcel Lutz)
           Pour désigner les terres qu'ils cultivaient et sur lesquelles ils avaient édifié leurs huttes, les premiers habitants du site en indiquèrent la situation géographique : « près du chemin », sous-entendu le grand chemin, celui qui mène à la montagne des dieux … et ainsi naquit (peut-être !) le toponyme « Charmenac » qui désigne encore aujourd'hui un quartier du village de Hesse ! La préposition de lieu est importante : « près du chemin » et non « sur le chemin », car, ainsi que l'écrit l'historien J. M. Desbordes dans son ouvrage « Voies romaines en Gaule », « les noms en ac (se rapportent) aux sites archéologiques de villae gallo-romaines, où la résidence du propriétaire est généralement située à l'articulation inférieure d'un replat, sur un versant orienté vers le sud ou le sud-ouest (…) D'autre part, l'habitat rural n'est jamais riverain mais distant de quelques centaines de mètres des itinéraires de long parcours ». Et voilà notre actuelle Chermenac bien installée en contrebas du versant sud de la côte de Hesse, en un endroit où les sources ne manquent pas, et ceci certainement bien avant les premiers siècles de l'ère chrétienne.


 

Le  Donon  et  le  cavalier   à  l'anguipède


           Le « Dunum », mot signifiant « montagne » en langue celte, que l'on aperçoit à l'horizon lorsqu'on arrive à Hesse en venant de Sarrebourg, ce Dunum fut un haut lieu de culte où se rassemblaient les divers peuples celtes de la grande région, Leuques, Triboques et Médiomatriques. Ils y célébraient Cernunnos le dieu solaire aux cornes de cerf, ainsi que Vosegus, divinité qui donna son nom à la chaîne montagneuse, de même que Taranis qui fait résonner le tonnerre en frappant les cieux de son maillet, sans oublier Teutatès, le protecteur de la tribu, et Esus, dieu de la guerre mais aussi des récoltes. Le Donon, qui, avec ses 1009 mètres est le point culminant des Basses Vosges, était la montagne où les druides célébraient les sacrifices.Puis les Gallo-Romains édifièrent en ce lieu situé sur une de leurs routes de passage des Vosges un sanctuaire à Mercure, dieu romain vénéré par les populations du Nord-Est de la Gaule.
           Des fragments de plusieurs statues ont été retrouvés au Donon. L'une de ces œuvres (voir photo ci-dessous) a été reconstituée au début du XXe siècle par une passionnée d'archéologie, Fanny Lacour. Elle représente un « cavalier à l'anguipède », groupe sculptural de l'époque gallo-romaine, typique du panthéon gaulois, figurant un étrange guerrier, dressé sur son cheval cabré qui foule sous ses sabots un géant difforme, dont les jambes se finissent en queue de poisson ou de serpent.


               

 


cavalier à l'anguipède du Donon                     Portion de voie romaine menant au massif du Donon

 



           Les « cavaliers à l'anguipède » sont des groupes sculptés caractéristiques de l'art et de la religion gallo-romaine, représentatifs du Nord-Est de la Gaule dès les IIe et IIIe siècles. Ils sont nombreux, dans les champs de l'antique Gaule Belgique, à avoir été mis à jour lors des labours. Ces statues en pierre, plus ou moins mutilées, représentent un étonnant couple divin, composé d'un homme barbu, d'allure martiale, portant souvent armes, bouclier et cuirasse, lequel piétine, sous les sabots de sa monture cabrée, un étrange personnage, le torse en avant, la tête relevée et les membres inférieurs s'achevant par un corps de reptile. Nommée aussi « groupe au Jupiter cavalier », la sculpture couronnait généralement un monument composé de bas en haut d'une base rectangulaire ou carrée, avec représentation d'une divinité sur chaque face, d'une colonne à fût cylindrique d'une hauteur de 2 à 12 mètres. Un chapiteau coiffait le monument, sur lequel dominait un cavalier à l'anguipède.
           La signification de ce monument est, aujourd'hui encore, controversée : pour les uns, cet ensemble allégorique évoquerait l'action bénéfique de la pluie sur le monde souterrain ; pour les autres, ce Jupiter, dieu cosmique, vainc l'anguipède, symbole de stérilité et de mort, dominant ainsi les forces destructrices qui menacent les hommes, les animaux et les récoltes. Le cavalier représenterait la victoire du bien sur le mal, de la vie sur la mort, de la religion sur l'hérésie, de l'ordre sur le chaos, de la civilisation sur l'anarchie, voire même de l'empereur sur les barbares. Ces deux thèses se complètent d'ailleurs parfaitement et expliquent la présence d'un tel monument en des lieux fort différents : en bordure d'un domaine agricole, au croisement de chemins, au voisinage de rivières, de sources cultuelles ou dans un lieu sacré, tel le Donon.
 


          



divers cavaliers à l'anguipède



         Un « cavalier à l'anguipède » ou « cavalier au géant » avait été érigé à Hesse par nos ancêtres gallo-romains, puisque Marcel Lutz signale
« un fragment de statue équestre de deux pieds et demi de haut, découvert en 1817 à la suite du défrichement d'un terrain près du village ». Ce morceau de pierre taillée, d'une hauteur de 0,75 m environ, est ainsi décrit : « La tête du cheval était en place mais séparée du corps. Le cavalier était couvert d'une cuirasse et avait sur la tête une espèce de cornette ou bonnet en maille, mais son visage était à nu. Les bras et les jambes n'ont pas été retrouvés. » Bien malin qui dira à quel endroit du terroir hessois avait été érigée la sculpture ! Plus futé encore celui qui dira quelles étaient les zones de l'actuel ban hessois qui étaient alors habitées et cultivées ! La seule certitude, c'est que cela se passait à l'époque de la « pax romana », ainsi nommée par les historiens parce que les deux siècles qui suivirent la pacification romaine de la Gaule furent pour les Gaulois une période de stabilité, de prospérité et d'équilibre.




 

maison gauloise, avec son grenier (reconstitution)






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